Lac Denison
Canton de Cleveland, Québec, Canada

Le hameau Denison Mills


Le Moulin à Farine Denison restauré.
Photo: Luc Cloutier 


"My fondest hope is that future generations, after reading these facts will appreciate them well enough to keep the historical record of Denison’s Mills forever up to date. "
- William John Denison (1901-1963)

Le regretté William J. Denison, dont nous avons emprunté la citation en exergue, fut le dernier meunier de Denison Mills. C’est à lui que nous devons d’avoir réuni et rédigé les notes qui retracent l’histoire du hameau. Ces notes qui ont été publiées dans les Annals of Richmond County and Vicinity, vol, I (1966, pp. 100-105) et que nous traduirons dans ce chapitre, permettront de retracer brièvement l’historique du hameau Denison.

1. L’établissement de Avery Denison dans Shipton.

A la fin du XVIIIe siècle, les municipalités actuelles de Richmond, Cleveland et Shipton faisaient partie d’un même territoire appelé Shipton. C’est là que le premier Denison à émigrer au Canada vint s’établir.

" Avery Denison était l’arrière-arrière-petit-fils du Capitaine John Denison qui d’Angleterre était venu aux Etats-Unis autour de 1676. Le père de ce dernier, le Capitaine George Denison était venu de Norvège en Angleterre en 1618. "  

Généalogie sommaire de la famille Denison

 

  1. Capitaine George Denison (1620-1694). Sept enfants.
  2. Capitaine John Denison (1646-1694). Neuf enfants.
  3. Capitaine William Denison (1677-1731). Onze enfants.
  4. Avery Denison (1712-1775). Onze enfants.
  5. Elisha Denison (1734-1809). Treize enfants.
  6. Avery Denison (1775-1826) marié en 1800 à Eunice Williams (1777-1856). Quatre enfants : Simeon Minor, John Williams, Malvina, Eunice.
  7. Capitaine Simeon Minor Denison (1801-1865) marié en 1834 à Mary Moore (1801-1899). Trois enfants : William Avery, Isaac William, Joseph Root.
  8. Joseph Root Denison (1839-1915) marié en 1866 à Amélia Rosetta Hunton (1840-1870). Deux enfants.
  9. William Simeon (1868-1937) marié en 1894 à Annie Steele Haggart (1869-1922). Quatorze enfants :

    Margaret Amelia (1895)
    Mary Isabel Hilda (1896)
    Joseph Haggart (1897)
    Simeon Minor (1898)
    Isaac Clifford (1900)
    William John (1901)
    Avery Robert (1902)
    Eleonor Olympia (1903)
    Jessie Muriel (1904)
    Gordon Edmond (1906)
    Annie Marian (1908)
    Beatrice Emma (1909)
    Alexandra Eunice (1910)
    Keturah Ruth (1912)

"Avery Denison est né à Stonnington, Connecticutt, en 1775. Il traversa la frontière le 19 février 1796 pour venir au Canada conférer avec les autorités de la Couronne. Il reçut une concession de 5,000 acres de terrain. En 1797, il commence à s’établir et en 1801 il fait venir sa famille au Canada. Il s’était marié à Eunice Williams en 1800. Ils eurent deux fils – Simeon Minor et John Williams; ils eurent aussi deux filles – Malvina et Eunice. "   

"La propriété de 5,000 acres concédée à Avery Denison était bordée au sud par l'ancien chemin Craig et elle s'étendait vers le nord sur une distance d'environ deux milles, en passant par l'emplacement actuel de Denison Mills. Deux maisons en pièces sur pièces furent construites avant que l'actuelle maison de pierre ne fut érigée en 1831." 

"Avery Denison, à l'âge de 51 ans, fut attaqué, battu et volé par des brigands à Trois-Rivières. Il revenait à dos de cheval de Québec, où il s'était rendu pour vendre du bétail. Il mourut sans reprendre connaissance. Il fut le premier à être enterré dans le cimetière de Danville. Aujourd'hui, on peut toujours voir son monument dans ce cimetière, tout près du chemin." 

2. L'œuvre de Simeon Minor Denison.

"Le second fils de Avery Denison, John Williams, reçut une partie de la propriété de son père et s'installa sur le chemin Craig environ à mi-chemin entre la rivière St-François et le rang VIII de Shipton. Il se maria à Mary Jane Munroe." 

"Quand au fils aîné, Simeon Minor, né en 1801, il s'installa aux côtés de son père et continua à l'aider à défricher cette partie de la propriété familiale. La mort violente de son père survint quand il était âgé de 25 ans. En 1834, Simeon Minor épousa Mary Moore de Kingsey. Ils eurent trois fils: William Avery qui alla s'établir à Claremont Hill, Isaac William qui ne se maria pas et Joseph Root qui, lui, s'installa sur la propriété familiale."

"Simeon Minor Denison fut nommé Capitaine d'un bataillon de Sherbrooke par son Excellence le Lieutenant Général Sir John Colborne, le 28 septembre 1839."

"Après la disparition prématurée de son père, Simeon Minor fit des plans pour construire un moulin à farine, ce qui avait été l'objectif de son père quand il avait choisi de s'établir à cet endroit. Tout le bois qui servit en 1850 à construire ce moulin de cinq étages (voir carte 1) fut équarri à la hache et les poutres, toutes de 14 pouces de largeur, sont aujourd'hui solides comme autrefois. En 1850, Simeon Minor transporta au moyen d'un convoi de bœufs, quatre meules taillées dans la pierre, chacune pesant 1,000 livres, à partir de Québec sur une distance de près de 100 milles. Ces meules avaient été importées D'Ecosse et servaient à des variétés différentes de grain. Aujourd'hui, elles sont aussi bonnes qu'elles l'étaient à l'époque."

"Avec les pierres rassemblées lors du nettoyage du terrain, Simeon Minor érigea un barrage aussi solide que durable à 50 verges en amont du moulin. Ce barrage, large de 20 pieds au sommet et de 30 pieds à la base, haut de 25 pieds et long de 140 pieds, fournissait l'eau nécessaire à l'opération du moulin. Les grosses pierres nécessaires à la construction du barrage furent prises dans les champs et transportées avec des attelages de bœufs. La façade avant fut recouverte d'une surface de ciment et d'argile. Une fois achevé, le barrage servit à retenir les eaux de deux ruisseaux, créant ainsi un lac artificiel de 88 acres."

"En 1858, Simeon Minor construisit un moulin à scie à 300 verges en aval du moulin à farine." (voir carte 1)

"Simeon Minor mourut en 1864 et fut lui aussi enterré dans le cimetière de Danville." 



3. La belle époque de Denison Mills.

"Les premiers Denison permettaient aux colons de venir s'établir à différents endroits de leur concession de 5,000 acres. Après un certain temps, en tant que squatters, ils pouvaient obtenir des titres de propriété pour la terre qu'ils avaient défriché. C'est ainsi que la majeure partie de la concession initiale passa aux mains de personnes extérieures à la famille Denison."

"Vers 1860, la population de Denison Mills était déjà de 150 habitants, comme l'indique à cette époque un répertoire du gouvernement."

"Le 1er septembre 1861, un bureau de poste est ouvert à Denison Mills, le troisième dans Shipton. Le premier Maître de poste fut Joseph Root Denison, le fils cadet de Simeon Minor. (Joseph Root se présenta comme candidat Libéral Indépendant contre Joe Bédard de Richmond aux élections de 1892, et eut la satisfaction d'être le seul candidat à couper cette année-là la majorité de son adversaire.)"

"En 1875, une église anglicane fut construite à Denison Mills. (voir carte 1) Le terrain fut donné par Isaac Williams et Joseph Root Denison et tout le bois nécessaire à sa construction, par des gens dévoués qui le transportèrent au moulin où il fut scié, plané et appareillé sans que cela ne coûte un seul sous. L'église fut achevée et ouverte pour célébrer un premier service religieux le 1er octobre 1875."

"En 1875, une école fut érigée à quelques 600 verges de l'église et du moulin. (voir carte 1) "En 1911, une maison de l'autre côté du lac, à proximité du pont, fut convertie en seconde salle de classe."

"En plus de l'église, des deux écoles, du bureau de poste et des deux moulins, Denison Mills possédait une fromagerie, une cordonnerie, une forge et un magasin général." (voir carte 1) "La cordonnerie était située dans l'aile arrière de la maison de brique située à côté du lac." "La forge fut construite en 1861." "La fromagerie fut construite en 1866."

"A une époque, il y avait une mine de cuivre en exploitation au coin sud-est de la ferme des Denison. Le minerai était retiré à force de bras et la mine demeura en opération pendant sept ans, sans pertes mais sans beaucoup de profits non plus."

4. Signification historique 

 

Les notes qui ont été citées dans les pages précédentes sont les seules qui étaient actuellement disponibles pour retracer l'origine de cet établissement des Cantons de l'Est. C'est pourquoi nous nous sommes limités à les traduire extensivement. 

A l'avenir, comme le souhaitait William J. Denison, dans la citation en exergue, il faudrait compléter et tenir à jour l'histoire des descendants loyalistes qui s'établirent à Denison Mills. Il existe sûrement un grand nombre de documents encore conservés dans les diverses branches de la famille Denison (correspondance, journaux personnels, actes notariés, livres de comptes, plans, photographies) ainsi qu'une tradition orale dans lesquels il serait possible de puiser pour enrichir les précieux renseignements que le regretté William J. Denison avait déjà réunis pour nous. Peut-être que la Société historique de Richmond pourrait-elle profiter d'une subvention, du Conseil des Arts par exemple, pour entreprendre la recherche patiente de ce matériel historique et pour produire un ouvrage qui complète les notes déjà publiées dans le Volume I de ses Annales.

Le hameau Denison, croyons-nous, témoigne d'une page importante de l'histoire de notre pays. Il raconte l'établissement des loyalistes qui vinrent, à la fin du XVIIIe siècle, coloniser les Cantons de l'Est au prix de sacrifices comparables à ceux des premiers colons français. Comme Avery Denison à l'hiver de 1796, ces colons durent, en l'absence de toute route, emprunter la rivière St-François pour se rendre au lieu de leur établissement et pour y transporter par la suite des outils, le bétail et le matériel qui nécessitait leur survie. Des édifices tels le moulin à farine ou la maison de pierre des Denison témoignent du labeur, de l'habileté et de l'industrie de ces colons d'origine britannique. L'intérêt de Denison Mills ne réside donc pas uniquement dans un ensemble architectural qui a été conservé, mais tout autant dans la page d'histoire qui s'y est écrite. 

La vallée du St-Laurent a été le berceau de la colonisation en Nouvelle-France et c'est là qu'on retrouve la plus belle part du patrimoine québécois. A leur façon, les Cantons de l'Est constituent pour la minorité anglophone de cette province le morceau du territoire québécois le plus authentiquement lié à leur histoire.

... une histoire à suivre...

Le texte de cette page est tiré d'un document préparé par Denis Allaire et Danielle Bédard dans le cadre d'une étude présentée au Ministre des Affaires Culturelles et au Ministre du Tourisme en mai 1977 dans le but de promouvoir la revalorisation et la préservation du site de Denison Mills.

Merci à Michel Cloutier, membre du Comité Historique pour avoir rendu possible la présentation de ces informations sur le site Web.

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